Se taper une fillette en mangeant un cul, vous croyez au fantasme ? Que nenni ! Je ne suis pas devenu pervers (du moins, pas complètement), je ne fais pas la sortie des écoles maternelles et à mon grand désarroi, je suis normal, marié et sans intérêt majeur pour Freud, Lacan et leurs disciples.
Et pourtant, en tout bien tout honneur, plusieurs fois par an, à Angers, j’honore le cul d’un veau au travers d’un plat célèbre cuisiné à l’angevine, voire à la nantaise.
Quand à la fillette, elle contient 50 cl de mon muscadet ou de mon rouge d’Anjou préféré.
Beaucoup de régions ont leur petite bouteille de bistrot : ici c’est la fillette, à Lyon et dans sa région, c’est le pot, qui a à peu près la même contenance. Il a un cul très costaud pour cause de stabilité et se pare d’un élastique de couleur pour identifier le vin, souvent rouge pour le beaujolais et bleu pour le côtes-du-rhône.
Il remonte à l’époque où le patron de bistrot achetait son vin en pièces et le mettait lui-même en bouteille.
« Patron, un pot de côtes », entendait-on dans les célèbres bouchons lyonnais. Et jadis, les bistrots vendaient les pots au mètre avec des encoches sur les tables pour faciliter le calibrage. « Patron 50 cm de pot » : on croit rêver, surtout qu’à cette époque, fin du XIXe siècle début XXe, le patron avait son verre à chaque table et trinquait, généreusement, jusqu’à plus soif et sans modération.
(Extrait de « Mes Mots gourmands » de Marc de Champérard – Edition PUF)